La vielle à roue, également appelée zanfona, hurdygurdy, drehleier… selon les régions, est un instrument très répandu dans la musique traditionnelle et populaire de toute l’Europe. Avec ses origines autour du IXᵉ siècle, elle était au départ si grande qu’il fallait la jouer à deux musiciens (organistrum). Ses dimensions ont ensuite été adaptées pour être jouée par un seul musicien.

Sa construction était initialement assez simple, alors qu’aujourd’hui on peut la considérer comme un instrument d’une grande complexité technique, en raison du grand nombre de cordes aux fonctions différentes, ce qui entraîne une multitude de petites pièces et de tensions entre toutes les parties de l’instrument.

Au fil des siècles, elle est passée d’instrument de la musique savante à instrument de jongleurs, de mendiants et d’aveugles (XVIᵉ siècle), jugée impropre à certains types de musique. À d’autres époques (XVIIIᵉ siècle), on l’a considérée assez importante pour animer les soirées à la cour de Louis XIV de France. De nombreux compositeurs de renom (Chédeville, Hotteterre…) ont écrit des pièces savantes pour vielle à roue. Malgré cet essor durant le Baroque, et supplantée par des instruments comme le violon, l’alto ou la contrebasse, elle s’est peu à peu intégrée au groupe des instruments propres à la musique populaire.

Morphologiquement, elle diffère beaucoup de tout autre instrument, ce qui lui confère un attrait particulier. Il existe de nombreux types de vielles, mais Els Berros de la Cort utilise le modèle à caisse en forme de luth. À l’intérieur de cette caisse court un axe qui, au moyen d’une manivelle, actionne une roue. Celle-ci, imitant l’archet d’un violon, frotte des cordes gainées de coton et les fait sonner. Le mouvement étant circulaire, le son peut être infini. Les cordes sont pincées par un système complexe de sautereaux actionnés au moyen d’un clavier, semblable à celui du piano.

Ces cordes qui sonnent peuvent être chanterelles (métalliques, elles font la mélodie), bourdons (métalliques et boyau, ils font un son continu) ou mouches/trompettes (boyau, elles font le rythme). Il y a en outre quelques cordes libres qui sonnent par sympathie. Ce grand nombre de cordes remplissant tant de fonctions différentes lui confère une polyvalence exceptionnelle. C’est le synthétiseur de la musique traditionnelle, l’instrument total.

Selon le facteur, les vielles présentent plus ou moins d’innovations techniques qui les rendent aptes à jouer tout type de musique (leviers pour changer de ton, roues de résine, chevillers, caisses de dimensions différentes, micros répartis à l’intérieur de la caisse…).

On trouve aujourd’hui la vielle dans une multitude de formations musicales, aussi bien folk que combinée à d’autres instruments modernes. L’arrivée de la vielle à roue chez Els Berros de la Cort a ouvert de nouvelles possibilités expressives dans de nombreux domaines : basses, timbres produits par le frottement ou le pincement des cordes, nouveaux concepts de rythme à travers les mouches… Ces apports sont essentiels pour définir le son du groupe. La vielle utilisée par Els Berros de la Cort est du luthier Sedo García (http://www.sedoluthier.com), de Vilert.

Privacy Preference Center